avoir le béguin

« Avoir le béguin » : origine et signification

L’expression un peu désuète « avoir le béguin », relative à avoir une attirance soudaine pour une personne, trouve son origine dans une coiffe portée par les religieuses de l’ordre des béguines au XIIe siècle.

Signification :

  • s’éprendre légèrement de quelqu’un/ s’enticher de quelqu’un ;
  • devenir ou être amoureux de quelqu’un, souvent de façon passagère.

Origine :

Au XIIe siècle, dans les Flandres, de nombreuses jeunes filles et femmes étaient orphelines ou veuves suite aux guerres et les couvents et monastères féminins étaient très demandés. Au concile du Latran (1215) un numerus clausus fut instauré pour entrer dans ces établissements. Se développèrent alors des béguinages, communautés de religieuses laïques sous règle monastique n’ayant pas prononcé de voeux perpétuels. Vivant dans de petites maisons individuelles souvent regroupées autour d’une chapelle ou d’une église, elles avaient une vie spirituelle intense et venaient en aide aux nécessiteux. Les béguines portaient une coiffe en toile s’attachant avec deux brides sous le menton. Le terme « béguine » désignera par la suite la coiffe de même forme portée par les très jeunes enfants et les femmes laïques.

Le terme « béguin » viendrait du nom de Lambert le Bègue, prêtre liégeois, prétendu initiateur au XIIe siècle du mouvement béguinal en Belgique. Il pourrait aussi venir du vieux français « begart » (marmonner des prières), du celtique « bègue/béguelle « (bigot) ou du vieil allemand beggen (prier).

L’expression :

Au XIIe siècle, « être coiffé/ se coiffer de quelqu’un » signifie « être aveuglé par quelqu’un ».

Le béguin remplaçant peu à peu le terme général de coiffe, le verbe dérivé ‘s’embéguiner » (se coiffer d’un béguin) apparaît, signifiant « avoir la tête qui tourne à cause de quelqu’un », « avoir l’esprit pris par une passion dévorante »; le béguin devenant aveuglant, car trop baissé sur les yeux. Il est répertorié dans les dictionnaires de Furetière (1690) et de l’Académie (1694).

Au XVIe siècle, l’expression devient « avoir le béguin à l’envers » (être distrait dans l’exécution de ses taches, notamment en enfilant son béguin, par amour pour quelqu’un).

Puis, au XIXe siècle l’expression raccourcit en « avoir le béguin » (s’amouracher de quelqu’un). Des filles de la campagne portant des béguins et travaillant dans des maisons closes, la locution « avoir le béguin » signifie aussi pratiquer l’amour physique. Le béguinage se rapporte alors à la vie d’une femme, à ses amants et ses amours. Via les maisons closes et leurs clients bourgeois, l’expression va se diffuser et prendre un sens plus large de « s’amouracher de quelqu’un ».

Un peu désuet aujourd’hui, le terme « béguin » a été remplacé par les adolescents et les jeunes adultes par l’anglicisme « crush » venant du Québec et popularisé par l’application de rencontres Happn ! Ceux-ci disent ainsi « avoir un crush » au lieu d' »avoir le béguin » !


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