« Vouer aux gémonies » : origine et signification

L’expression « vouer (traîner) quelqu’un ou quelque chose aux gémonies » fait référence à une coutume romaine infamante réservée aux criminels et aux traîtres.

Signification :

  • vouer au mépris public, humilier publiquement;
  • condamner quelqu’un à la damnation, à la justice divine;
  • accabler quelqu’un de mépris, d’opprobre; lui faire de violents reproches.

Origine :

Dans la Rome antique, les gémonies (du latin gemoniæ scalæ ou « escalier des gémissements », du verbe latin gemo ou « gémir ») étaient des escaliers taillés dans la roche de la colline du Capitole, sur le flanc Nord-Ouest, qui menaient au Tullianum (ou prison mamertine), sur lequel on exposait les cadavres des suppliciés, qui étaient ensuite traînés à l’aide de crocs jusqu’au Tibre.

C’est Marcus Furius Camillus, dictateur sous la République au IVe siècle avant J.-C., qui aurait institué cette pratique infamante. Les criminels ou les traîtres ayant bafoué Rome étaient après leur exécution (généralement par strangulation) jetés sur les marches de la prison taillées dans la roche du Capitole et visibles depuis le Forum. Leurs corps meurtris gardés par des soldats, pour éviter d’être ensevelis par leurs proches, étaient livrés à la vindicte publique, subissant les pires outrages durant plusieurs jours, avant d’être jetés dans le Tibre. Cette coutume s’est poursuivie durant plusieurs siècles. En particulier, Vercingétorix, fait prisonnier par Jules César après la bataille d’Alesia, fut étranglé et jeté dans cet escalier en 46 avant J.-C après 6 ans d’emprisonnement.

Le mot « gémonies » fit son apparition dans l’édition de 1762 du dictionnaire de l’Académie française indiquant que « les gémonies étaient à Rome ce que sont en France les fourches patibulaires » (gibet au Moyen Âge où les condamnés à mort étaient pendus, leurs corps exposé aux passants).

L’expression :

Au XIXe siècle, le terme « gémonies » apparaît dans la littérature française dans l’expression « vouer aux gémonies », notamment dans les « Méditations poétiques  » de Lamartine (1820). Elles correspondent, par extension, à un lieu de supplice, de mort et d’humiliation publique. Le verbe « vouer » signifiant « désigner quelqu’un de manière irrévocable pour (une situation, une activité) »; l’expression veut dire littéralement « désigner quelqu’un pour être outragé publiquement ».

L’expression évoque ainsi le fait de faire subir à quelqu’un le supplice de l’humiliation publique, à le vilipender publiquement.

« Les réputations éphémères meurent du soir au matin; grand homme la veille, on est un sot le lendemain, et tandis qu’une gazette fait votre apothéose, une autre gazette, à la même heure, vous traîne aux gémonies » (Chateaubriant, Mémoires, t. 4, 1848, p. 486


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