Figures de style : les 40 figures à connaître

Composantes essentielles de l’art du discours, procédés stylistiques d’écriture, les figures de style permettent de se singulariser, de retranscrire une vision et une personnalité originale en étonnant, déroutant, sensibilisant le lecteur ou l’interlocuteur.

De quoi s’agit-il ?

Une figure de style est un procédé d’expression qui s’écarte de l’usage ordinaire de la langue, donnant une expressivité particulière au propos. En décalage avec l’usage commun de la langue par l’emploi et l’agencement remarquable des mots, elles enrichissent les mots, créant des effets de sens. Effort de pensée et de formulation, donnant au discours plus de grâce et de vivacité, d’éclat et d’énergie, elles sollicitent l’émotion du lecteur.

Les différentes figures de style 

Au choix, elles peuvent agir sur:

  1. le sens des mots par l’analogie ou la substitution,
  2. la syntaxe (rupture de construction),
  3. la place des mots, en produisant l’insistance ou l’opposition,
  4. les sonorités, relevant de l’art poétique,
  5. le discours.

  1. FIGURES AGISSANT SUR LE SENS DES MOTS
  • 1.1. Les figures de comparaison

FiguresDéfinitionsExemples
comparaisonmise en relation deux réalités/choses/personnes différentes, partageant des similarités. Un mot de comparaison (le « comparatif »), lie un comparé à un comparant (objet de la comparaison). La comparaison peut-être simple ou figurative, avec une dimension rhétorique mettant l’accent sur le comparant.« Et cette terre était proche, et elle lui apparaissait comme un bouclier sur la mer sombre» –  Homère.
image littérairerapproche deux champs lexicaux similaires ou met en évidence un élément commun dans le but de donner plus de sens à la phrase. Elle peut aussi détourner le sens initial des termes utilisés pour créer une idée neuve.« Les souvenirs sont cors de chasse / Dont meurt le bruit parmi le vent » – Guillaume Apollinaire.
métaphoredésignation d’une chose par une autre qui lui ressemble ou qui a une qualité similaire. Souvent confondue avec la comparaison qui affirme une similitude, la métaphore la suggère. Plus subtile, elle n’utilise pas de comparatif. Il peut s’agir d’une métaphore annoncée (où le comparé et le comparant sont présents), d’une métaphore directe (dans laquelle le comparé est sous-entendu, le contexte étant alors très important pour en comprendre le sens) ou d’une métaphore filée (lorsqu’elle se poursuit dans le texte).« Ce toit tranquille, où marchent des colombes»-Paul Valéry
  • 1.2. Les figures de substitution
allégoriereprésentation indirecte concrète employant une personne/un être animé ou inanimé/une action/une chose, comme signe d’une autre chose, généralement une idée abstraite ou une notion morale difficile à représenter directement.« Mon beau navire, ô ma mémoire »— Guillaume Apollinaire
antonomaseutilisation d’un nom propre comme un nom commun ou d’un nom commun comme un nom propre ou remplacement d’un nom par une périphrase.« Le Prince des poètes » (pour désigner Pierre de Ronsard)
clichéusage d’une image usée, proche du stéréotypeLa neige étend son blanc manteau
euphémismeatténuation d’une idée ou d’une réalité« Le troisième âge » pour désigner les personnes âgées
hypallagelien de deux termes grâce à la syntaxe. Épithète impertinente, qui agit par le décalage de la relation logique entre les éléments d’une phrase« Qu’au son des guitares nomades, la gitane chante l’amour »— Louis Aragon
métonymiedésignation d’une chose par un autre terme qui convient pour la reconnaître . Il existe une relation logique entre l’objet ou l’idée désignée et le terme, créant une relation de cause à effet, de contenant à contenu, de l’artiste pour l’œuvre, de la ville pour ses habitants etc.« C’était au temps où Bruxelles chantait »— Jacques Brel
périphraseremplacement d’un mot par sa définition ou une expression plus longue ayant le même sens, souvent utilisée dans un but poétique ou métaphorique.« Les filles du limon tiraient du roi des astres assistance et protection » – La Fontaine
personnificationattribuer de propriétés humaines à un animal ou à une chose dans le but de les faire parler ou d’agir.« Un soir, j’ai assis la Beauté sur mes genoux – Et je l’ai trouvée amère. » -Arthur Rimbaud.
symboleutilisation d’une image en référence à quelque chose. Il permet de donner une image parlante sur une idée ou une chose« Le poète est semblable au prince des nuées / Qui hante la tempête » – Baudelaire.
synecdoqueexpression de la partie pour le tout, l’espèce pour le genre, la matière pour l’objet ou le concret pour l’abstrait« Le bateau crache une fumée noire » (pour signifier que de la cheminée du bateau sort de la fumée)

2. FIGURES AGISSANT SUR LA SYNTAXE

Les figures de rupture, de jeu sur la syntaxe

anacolutherupture de la construction syntaxique d’une phrase. La phrase ne suit pas la logique habituelle de la construction syntaxique.« Le nez de Cléopâtre, s’il eût été plus court, la face de la terre en eût été changée. » – Pascal, Pensées.
asyndètesuppression des liens logiques et des conjonctions de coordination dans une phrase.« Je suis venu, j’ai vu, j’ai vaincu » – Jules César
ellipseomission volontaire d’un mot ou d’un groupe de mot logiquement nécessaires à la construction de la phrase.« Je n’avance guère. Le temps beaucoup. » – Eugène Delacroix
parallélismerépétition d’un segment phrastique semblablement construit et d’une longueur similaire ; la figure se fondant principalement sur la juxtaposition et sur la coordination de deux syntagmes, de deux phrases ou de deux vers semblablement construits.L’un s’escrimait du bec,
L’autre jouait des pattes
— Jean de La Fontaine,

3. FIGURES AGISSANT SUR LA PLACE DES MOTS

  • 3.1. Les figures d’insistance, d’amplification
accumulationénumération de plusieurs mots de même catégorie ou nature dans le but de créer un effet d’amplification« Adieu, veau, vache, cochon, couvée. » – La Fontaine
anadiplosereprise juxtaposée du même mot« Comme le champ semé en verdure foisonne, De verdure se hausse en tuyau verdissant, Du tuyau se hérisse en épi florissant »— Du Bellay
anaphorerépétition du même terme ou de la même expression en début de phrase et à plusieurs reprises dans le but de marteler ce mot.« Rome, l’unique objet de mon ressentiment ! / Rome, à qui vient ton bras d’immoler mon amant ! / Rome qui t’a vu naître, et que ton cœur adore ! / Rome enfin que je hais parce qu’elle t’honore ! » – Corneille
épanadiplosereprise à la fin d’une phrase du même mot que celui utilisé en début de phrase.« L’homme peut guérir de tout, non de l’homme » – Georges Bernanos.
épanalepsereprise d’un groupe de mot au début d’une proposition« Ô triste, triste était mon âme / À cause, à cause d’une femme. » – Verlaine
hyperboleexagération, amplification d’une idée ou une réalité, dans le but de la renforcer et la mettre en avant. Elle fait généralement référence à quelque chose d’impossible, dans un but ironique ou de dramatisation.« Vous êtes le Phénix des hôtes de ces bois. » – La Fontaine.
pléonasmeexpression d’une idée renforcée ou précisée par l’ajout d’un ou plusieurs mots qui ne sont pas nécessaires au sens grammatical de la phrase, et qui sont synonymes« La marche à pied est excellente pour la santé. »
  • 3.2. Les figures d’opposition
antiphraseexpression d’une idée par son contraire avec une ironie clairement perceptible d’où nécessité de bien connaître le contexte ou de percevoir l’intonation.« Tout ce joli monde se trouve en prison»
antithèserapprochement de deux termes qui s’opposent pour en renforcer le contraste.« Il a l’air vivace et maladif. » – Victor Hugo
chiasmecomposé de deux expressions qui se suivent, la deuxième adoptant l’ordre inverse de la première (A – B / B’ – A’)« Vivre simplement pour que d’autres puissent simplement vivre. » – Gandhi.
oxymorerapprochement deux termes dont le rapprochement est inattendu et crée une formule en apparence contradictoire« Cette obscure clarté qui tombe des étoiles / Enfin avec le flux nous fait voir trente voiles ; » – Corneille
paradoxeénonciation d’une idée qui va à l’encontre de l’opinion commune, dans le but de choquer ou d’interpeler.« Paris est tout petit, c’est là sa vraie grandeur. » – Jacques Prévert
zeugme (ou zeugma ou attelage)ellipse d’un mot ou d’un groupe de mots qui devraient être normalement répétés, ce qui a pour conséquence de mettre sur le même plan syntaxique deux éléments appartenant à des registres sémantiques différents. « Vêtu de probité candide et de lin blanc » – Victor Hugo

4. FIGURES AGISSANT SUR LES SONORITÉS

Les figures de jeu sur les sonorités (répétition ou proximité)

allitérationrépétition de sons formés à l’aide de consonnes et non de voyelles.« Pour qui sont ces serpents qui sifflent sur vos têtes ? » – Racine
assonancerépétition des mêmes voyelles ou du même son dans un phrase ou plusieurs vers.« Je fais souvent ce rêve étrange et pénétrant » – Paul Verlaine
contre-assonancerépétition des voyelles en fin de phrase (brise / vase)
homéotéleuterépétition d’un son à la fin de plusieurs mots successifs« Et il frissonne, sans personne !… » – Jules Laforgue
paronomaserapprochement de deux homonymes (qui se prononcent pareil) ou deux paronymes (qui se prononcent presque pareil).« Et l’on peut me réduire à vivre sans bonheur,/ Mais non pas me résoudre à vivre sans honneur. » – Corneille

5. FIGURES AGISSANT SUR LE DISCOURS

Les figures rhétoriques

euphémismeatténuation de l’expression de faits ou d’idées considérés comme désagréables dans le but d’adoucir la réalité« Vivre est un village où j’ai mal rêvé. », Aragon
litotedire moins pour laisser entendre davantage« Il n’est pas complètement stupide.« 
prétéritionfait de parler de quelque chose après avoir annoncé que l’on ne va pas en parler « Monsieur de La Rochefoucauld, pour ne pas le nommer… »; « Inutile de vous présenter monsieur Dupont. »
prosopopéefaire parler un absent, un mort, un animal ou une chose. Elle est similaire à la personnification même si le fait de faire parler quelque chose ne la change pas en personne. « Écoutez. Je suis Jean. J’ai vu des choses sombres. » – Victor Hugo
question rhétoriquefausse question généralement dans le but de maintenir l’intérêt de son interlocuteur.« Qu’y a-t-il de plus vivant que les troupeaux ? » – Henri Michaux

Laisser un commentaire